Djibouti est notre première véritable escale. Tant attendue, comme on peut l'imaginer, après nos péripéties de départ.
C'est aussi mon premier pas sur mon troisième continent, après l'Europe et l'Asie : l'Afrique. Le dépaysement est total... La chaleur est étouffante, la misère est partout, mais pas de panique pour nos djiboutiens, passés maîtres dans l'art de profiter des nombreux marins qui se relaient au fil des escales. "Allez, achète-moi ça, c'est rien pour toi, mais pour nous c'est beaucoup" : c'est le leitmotiv des vendeurs à la sauvette, poursuivis dans la rue par des policiers en tong armés d'un sifflet et d'un bout de bois en guise de matraque. Mais comment leur en vouloir, quand ils nous voient débouler, pleins aux as (aux normes locales bien sûr), et avides de divertissements après nos périodes de mer...

C'est là que se trouve le problème. Djibouti s'est adaptée aux marins. Taxis, bars, prostituées éthiopiennes venues illégalement gagner quelque argent (les fameuses "nayes"), tout est fait pour que le marin de base trouve son lot de boisson et autre. Les bars arborent les souvenirs des nombreux bateaux qui y ont fait escale, et à la nuit tombée, lorsque tout l'équipage s'est réparti entre les quelques troquets de la ville, on ne fait plus la différence entre la ville et le carré du bateau. C'est le début de la débauche, qui va durer toute la nuit, et recommencera ainsi tous les soirs... C'est glauque, c'est Djibout' ...

Heureusement, pour ceux qui arrivent à dépasser cet aspect, il y a aussi le vrai visage de l'Afrique : le marché, les taxis délabrés rafistolés avec trois boulons, les biquettes dans la rue, la vie, colorée, bruyante, le khat, sorte d'herbe euphorisante que les djiboutiens mâchent à longueur de journée, comme les boliviens la coca, et qui leur donne un sourire verdâtre si original...

Ce tableau folklorique est toutefois balancé par des réalités plus dures. Les bâtiments sont délabrés. En me promenant au milieu de la ville déserte (j'étais sorti dans l'après-midi avant la fin de la grosse chaleur), je m'attendais à voir surgir les Blackhawks de "La chute du Faucon Noir". La ville, clairement construite dans le style colonial, est restée quasiment telle qu'elle depuis l'indépendance. Les murs ont simplement vieillis, pas de la plus belle des façons.
Et partout, des panneaux de prévention du Ministère Djiboutien de la Santé rappelle que le Sida fait des ravages...

Ce ne fut pas la plus belle escale de ma mission. Mais certainement une des plus grandes leçons de vie. Vous qui vous plaignez sans cesse, venez voir les rues en terre battue, les maisons délabrées, les yeux hagards des mâcheurs de khat, la vie soumise de la prostituée éthiopienne, et vous reviendrez en voyant, non pas le peu qui vous manque, mais tout ce que vous avez.

C'est sur ces réflexions que je vous invite à reprendre la mer. Rejoignons quelques temps la force alliée en pleine lutte contre le terrorisme en mer d'Arabie, tout en gardant en point de mire notre prochaine escale...