13-03-04
Escale technique
Je vous ai montré des missions et des balades, mais n'oublions pas le coeur de notre métier, qui n'est pas forcément l'aspect le plus motivant : les exercices. En l'occurence, il s'agit ici d'un exercice anti sous-marin mené sous le commandement OTAN, et nommé DOGFISH.
Avant de se rendre sur le lieu de l'exercice, nous avons fait une rapide escale à Catane, en Sicile, pour débarquer un détachement hélico vers la frégate allemande "Bayern". Ce genre d'embarquement croisé est de plus en plus fréquent. Il permet avec nos alliés d'améliorer l'interopérabilité (késako ke tu m'causes là? Ben... c'est la faculté de travailler ensemble, et c'est pas toujours facile entre armées ayant des cultures et des matériels différents...), avec beaucoup d'autres pays, c'est surtout un geste diplomatique parmi tant d'autres. Bien sûr, on ne fait ce genre de choses qu'avec des gens qui sont considérés comme amis, au risque de voir les têtes de nos courageux emissaires nous revenir sur des piques, au mieux...

Catane, vue du port. Rien d'extraordinaire me direz-vous. Vous avez
tout à fait raison vous répondrai-je. Mais patience ô blogaunaute
curieux, Catane va nous réserver une belle surprise dans quelques
jours...
Au fond sur la droite on voit les premières pentes de l'Etna.

L'Etna dans les nuages, avec la ville qui grimpe sur ses flanc. Les
masses cotonneuses blanches au sommet sont de simples nuages.
Les habitués du monde maritime auront remarqué les petits moutons sur la mer.
Pour
les autres, ne cherchez pas une bête laineuse qui marcherait sur l'eau
(Jésus ne s'est occupé que de petits pains et de poissons, voire d'un
peu de vin, mais les moutons, il les préférait certainement en
méchoui). En jargon maritime (Ô grand Poséidon, inculque-moi la force
d'éclairer l'esprit de ces jeunes mousses), un mouton c'est l'écume
blanche qui se forme à la crête des vagues. C'est généralement le signe
d'un vent fort.

La mer
Oui,
en mer, il n'y a pas que de belles îles, des montagnes ou des dauphins,
la plupart du temps, il n'y a rien. Juste du bleu ciel pour le ciel et
du bleu marine pour la mer (les noms sont si bien choisis...). Et
pourtant c'est beau... mais indescriptible. D'où la photo...
Dogfish 04
Et c'est parti pour quatre jours d'exercice. 7 sous-marins, 6 navires de premier rang, une vingtaine d'avions, 24 nationalités présentes ... Un des plus gros exercices OTAN.
Le scénario de cet exercice est assez simple : les méchants du Mozzareland, un pays pauvre et dictatorial, ont envahi une enclave du gentil pays de Chiantiland, un pays riche et démocratique. Sous mandat de l'ONU, une force navale est envoyée pour débarquer des troupes afin de libérer l'enclave du Chiantiland, et bombarder Gorgonzola City, capitale du Mozzareland. Vous aurez remarqué l'humour des rédacteurs du scénario... L'interêt bien sûr ne réside pas dans le scénario de l'exercice, mais dans l'action qui est menée "en live". C'est un peu comme un bon film bourrin : une histoire minimum, de l'action maximum.




Image rare. Ce n'est pas une vieille chaussure qui flotte. A la faveur d'une situation un peu floue, le sous-marin allemand est remonté à la surface pour clarifier le tout. Voir nos "proies" en "liberté" est un événement. A savoir que ces sous-marins sont assez petits. Celui-ci est vu alors qu'il est à moins de 3 km.

Ravitaillement en mer avec le "Spessart", un ravitailleur allemand. Les grands exercices tels que celui-ci comprennent toutes les actions pouvant être réalisées lors d'une réelle situation de crise, allant de la conduite d'action bien sûr (chasse d'un sous-marin, protection contre avions...), mais aussi toutes les manoeuvres "courantes" : ravitaillement, évacuation sanitaire, lutte contre un incendie... Car on ne pourra pas, le jour venu, demander une trêve pour refaire le plein...
Visite de COMSTANAVFORMED, le Commandant des force navales de l'OTAN
en Méditerannée. L'autre bonhomme a une barbe ...
:-) Bon d'accord, l'amiral c'est l'allemand ...
Lors de ce genre de visites, l'amiral fait le tour du bateau et chacun explique rapidement son poste. Ca parait rien, mais pour pouvoir mener efficacement une action combinée avec plusieurs pays, il faut que chacun connaisse l'autre. Ca pourra éviter aux français de demander aux anglais de faire un exercice à l'heure du thé, ou aux américains de demander des images satellite aux turcs... Oui, ça paraît gros mais des fois, on n'est pas très loin de ce genre de situations...
Escale en Sicile
Après ce genre d'exercice, il y a toujours un débriefing entre tous les participants. L'occasion pour les commandants et chefs de services de s'autoriser une petite sauterie entre bonnes gens, et pour nous de faire une bonne escale.
Pour nous ce sera Augusta (pour la bonne escale, on repassera...). Le plus gros
de la flotte fera cependant escale à Catane, plus au nord.

L'arrivée sur Augusta, ville sicilienne posée sur une presqu'île rocheuse, et théâtre, il y a bien longtemps, d'une bataille navalle entre français et hollandais. Et c'est nous qu'on a gagné !!!!!!!! Ouuaaaiiiiss !!!!!!!
(une victoire navale française, c'est assez rare pour être signalé).
Autrement, c'est un peu Augusta morne plaine... Un pauvre bar, pas de resto, ville morte à partir de 17h. Seuls errent quelques groupes de jeunes, autour de leurs scooters. L'animation, il faut aller la chercher à Catane.
En arrière-plan, l'Etna, sans les nuages cette fois.

Près de nous, deux sous-marins turcs et un espagnol. le sous-marin allemand vu dans l'article précédent n'est pas là.

L'arsenal italien. Soyons chauvins : la plus grosse frégate, c'est la nôtre. Et le drapeau italien qui semble flotter à sa poupe n'est pas à nous, c'est juste un effet de perspective...
Soirée sur le Bayern
Le premier soir, nos amis allemands et néerlandais, comme il est de
coutume chez eux, invitent tous les marins ayant participé à l'exercice
à une réception sur leurs frégates, le "Bayern" allemand et le "Van
Speijk" néerlandais qui étaient en escale à couple (bord contre bord). En répondant à leur invitation, nous nous attendions à une soirée classique, avec champagne et petits fours, où nous discuterions de Marine, de bars, de restaurants et de chauvinisme entre gens courtois. Il n'en fut rien.
Le buffet avait lieu sur la
plate-forme du Van Speijk pendant que l'équipage du Bayern se chargeait
de la boisson et de la musique. Entre les deux plate-formes, deux passerelles, chacune à sens unique. Une organisation carrée, digne de la réputation de nos voisins du nord... Pas de quoi s'exciter me direz-vous. D'accord, mais je vous laisse découvrir tranquillement la suite :
Ambiance ....

Déguisement et bière à la pression ... quand les allemands font la fête, il n'y a pas de place pour la demi-mesure. Notre gentille réception était en fait une fête de la bière costumée !!! Il faut reconnaitre là une caractéristique propre à nos amis teutons : bétons au boulot, mais quand ils se lâchent, ils font pas semblant !!! Les néerlandais sont aussi très doués pour ça.

Ben Laden aurait-il fait un tour en Jamaïque ???? Rassurez-vous, le cannabis a beau être autorisé dans l'armée néerlandaise (sauf pendant les manoeuvres...), ce magnifique joint est un faux... L'étui de missile est vrai par contre.
Pour info, notez la taille du gobelet de pina colada... pensez que bière et autres alcools étaient en libre service... et imaginez le résultat !

Un Breton nostalgique ... Inutile de vous préciser que la soirée était déjà bien entamée, et si les verres autours sont encore pleins, c'est qu'ils ne sont pas les premiers...

Je vous présente donc mes ami(e)s Heidi et Greta, et derrière leurs petits poulets gambadants dans la basse cour.

Séquence émotion pour nos amis allemands... Projection de quelques souvenirs de la mission allemande sur la porte du hangar hélicoptère. Il faut dire qu'ils sont en Méditerranée depuis plusieurs mois déjà, et ne sont qu'à la moitié de leur mission.

En vrac : l'homme de Cro-Magnon et son cousin, un poussin géant et un chirurgien... "C'est nous, les gars de la Marine..." comme le dit la chanson

Le plateau de fromage offert par nos amis venus de "l'autre pays du fromage". Incontournable n'est-ce pas ?
Il s'est passé bien d'autres choses ce soir-là, mais bien évidemment les images resteront confidentielles ...
Augusta
Après s'être remis de ses émotions de la veille au soir, petite promenade en ville à Augusta. Comme je l'ai dit précedemment, Augusta n'est pas une ville active... Depuis ma dernière escale là il y a deux ans, rien n'a changé.
Cependant, en se perdant un peu au gré des ruelles, on peut quand même retrouver quelques clichés siciliens. ...


Premier cliché de la Sicile. Comme aurait dit Nino Ferrer : " ... il y a du linge étendu sur la terrasse ...." Mais là, est-ce vraiment si joli ?
Sur ces deux photos, le contraste architectural est flagrant. D'un côté le centre ancien, de l'autre les quartiers "neufs" qui se sont construits au bord de l'eau. Je ne vous étonnerai pas si je vous dis que j'ai concentré ma promenade vers le centre... A venir en Sicile, autant ne pas avoir l'impression d'être resté en France...

La ferveur à chaque coin de rue. Cliché n°2. Et une réalité encore très présente. Loin d'être des vestiges d'une religion dépassée comme c'est le cas chez nous, ces petites niches, croix, statues, continuent d'être entretenues, parfois mieux que les habitations. La religion est très présente en Italie.


Un signe de l'activité de la ville : la réunion des anciens sur les bancs publics de la ville ... Et hop, encore un cliché. Et celui-là n'est pas près de disparaître car, si l'après-midi ce sont les anciens qui se regroupent au parc avec leurs mobylettes, le soir ce sont les jeunes qui font de même avec leurs scooters. Et une des grandes lois infaillibles de la biologie dit : "les jeunes d'aujourd'hui sont les vieux de demain".


Non, vous ne rêvez pas. Non, ce n'est pas une maquette photographiée en gros plan. Non, ce n'est pas une photo d'archive. Non la Fiat 500 n'est pas morte. Quelques spécimens subsistent encore dans leur habitat naturel en Sicile...
Une fois les debriefings d'exercice terminés et l'équipage reposé, nous quittons donc la Sicile en direction de la Tunisie toute proche. Avec l'espoir que ce sera une escale moins "calme"...
La Goulette
La Goulette est le port de Tunis, à une dizaine de kilomètres de la ville. Notre point de chute pour une escale de trois jours. En ce qui me concerne, j'ai passé le premier jour à bord, de service, ce qui réduit d'autant plus l'escale...


Et voilà, en bel uniforme à la coupée. Parce que "à travers vous c'est la France que l'on regarde"... Il faut quand même savoir que la "France" est restée le soir presque une heure et demie à saluer ambassadeurs, consuls et généraux étoilés lorsqu'ils sont venus au cocktail offert le soir à bord... Vous êtes pas jaloux ? Vous avez raison.
Ces cocktails ("coquetèles" étant l'appellation officielle dans la Marine) ont un but diplomatique. A cette occasion, le commandant invite toutes les autorités locales à bord et on sort le champagne et les petits fours. Quelques membres de l'équipage sont invités (plus ou moins volontairement suivant les escales), de même que les ressortissants français vivant là. Le déroulement de ces réceptions varie. D'un simple pot de 2 ou 3h où chacun rentre ensuite chez soi, on peut passer à une véritable soirée improvisée où les invités sont invités dans les différents carrés suivant les affinités créées durant le coktail. Certaines de ces soirées se sont parfois terminées tard dans la soirée... ou tôt le matin.
Bien qu'à 10km de la ville de Tunis, la capitale tunisienne n'a pas été l'objectif prioritaire de mes visites. Mes pas m'ont plutôt porté vers le nord, Carthage en l'occurence, très facilement accessible grâce à un petit train "de banlieue", le TGM, qui dessert toute la côte ouest du Golfe de Tunis.

Et voilà, en gare de Carthage, le TGM qui dessert Tunis et le bord de mer. Il coûte presque rien, il est assez fréquent, bref, un vrai bonheur pour le touriste qui n'est pas en bus avec les tour opérator.
Carthage
Grâce au TGM, et pour quelques pécadilles, nous étions accostés à vingt minutes de Carthage. Impossible pour moi de résister à l'appel des vieilles pierres carthaginoises. Mais là où je m'attendais à trouver un site de ruines perdu au milieu de nulle part, comme le sont souvent les sites antiques, j'ai trouvé une ville agréable, vivante, et plus "habitée" qu'"envahie" par son histoire. De fait, les ruines sont réparties au coeur de la ville, et entre elles, le touriste sillonne de grande avenues au coeur de quartiers d'habitation à l'ambiance traditionnelle préservée, bien que correspondant aux standards modernes.

Une des grandes avenues qui descend vers le golfe de Tunis. La station du TGM est située sur une de ces avenues, offrant cette perspective superbe à l'arrivant. Sur la droite, on peut distinguer une des maisons qui composent ces quartiers du bord de mer. De construction récente mais à la décoration largement inspirée des motifs et de l'ambiance traditionelle.

Le golfe de Tunis
Les thermes d'Auguste sont construits directement sur le bord de mer. Un emplacement à rendre jalous n'importe quel centre de thalasso de Biarritz ou de Bretagne. Malgré ce que peut en dire notre Obélix national, il ne sont pas si fous ces Romains. Jugez par vous même.
PS : Les pierres sont d'origine, la pintade ne l'est pas.



Une villa romaine sur les hauteurs de Carthage. Encore un emplacement extraordinaire...


Une belle mosquée en plein champs? Mais non, la ville est juste à gauche, hors cadre. Vous voyez, on peut vous faire croire n'importe quoi...

Il y aurait bien d'autres choses à vous montrer de Carthage. Mais la technologie photographique n'est pas encore assez avancée pour fonctionner sans piles... et ces dernières m'ont lâché. J'ai donc poursuivi mon excursion, mais il vous faudra vous rendre sur place pour apprécier la suite...
Sidi Bou Saïd
Un peu plus loin sur la ligne du TGM, se trouve un petit village dont j'avais entendu dire beaucoup de bien : Sidi Bou Saïd. Une réputation qui, je dois l'avouer, a été acquise à juste titre, bien qu'il m'eut fallu quelques efforts pour en profiter. En effet, m'étant trompé de station, je me suis retrouvé au pied de la colline sur laquelle est construit le village. C'est donc au prix d'une petite marche, agréable quoique sous une grosse chaleur, que j'ai découvert un petit village tout de bleu et de blanc, fait de petites ruelles, sur un escarpement surplombant la mer. Le paradis ... à condition de s'éloigner des hordes de touristes.
Toutefois, c'est grâce à cet engouement touristique qu'il m'a été possible de trouver des piles et de ramener quelques photos (bande de veinards...).

Un petit parc, au pied du village. C'est en haut de ce parc que les bus déposent les touristes fainéants... qui ne voient donc pas cette partie de la ville.

Au coin d'une rue...

Mais toutes ces escapades sont fatales à mes petites pattes. Donc retour à bord, un peu prématuré certes mais finalement, un peu de repos ne fait pas de mal. De toutes façons, c'est certain (ou presque), je reviendrai pour mes vacances, un jour...
Tunis
Dernière soirée. Sous prétexte d'un dernier resto, un petit tour rapide dans Tunis. Mais être piéton dans Tunis, c'est risquer sa vie à chaque pas ...


Et le lendemain, c'est le retour vers Toulon. Le soleil se couchera une dernière fois sur la mer ... jusqu'à la prochaine fois.
