08-12-04
Mission diplomatique
C'est dans un but de représentation que nous reprenons la mer. Au programme : Alger pour renouer des liens avec l'Algérie, et Ajaccio pour le bicentenaire du sacre de Napoléon. A part ça, rien. Pas d'exercice, pas d'activités annexes... On part en mer pour faire des escales. C'est pas superbe ?
C'est donc avec une mission précise que nous arrivons à Alger : nous représentons la France qui souhaite renouer des liens avec l'Algérie. Dans cette perspective, nous sommes accueillis quasiment comme le serait un chef d'Etat, avec tout ce que cela comporte : honneurs militaires, réceptions, mais aussi journalistes et surveillance très rapprochée, dans un pays où la menace terroriste n'est pas négligeable envers une cible aussi facile et aussi médiatiquement exposée.
L'accostage, tout comme le sera l'appareillage, se fait donc sous bonne escorte : deux frégates, une vedette, deux hélicoptères...

Et sur le quai, un accueil digne des plus hautes autorités

Nous n'avons pas le droit de sortir du bateau, sauf pour les sorties strictement encadrées par l'armée algérienne. Nous ne voyons donc d'Alger que ce que nous offre notre poste à quai et ce que l'on peut voir lors des trajets en bus. Cela dit, ça nous suffit pour distinguer nettement les deux faces de la ville : les anciens quartiers coloniaux français près du port, et derrière, les quartiers plus anciens de la Casbah.

Les excursions se font en uniforme, et lors de nos trajets, les rues sont fermées, nos bus sont escortés par des motards de la police, tout cela pour que l'on puisse circuler librement. Interdiction formelle de s'arrêter. A plusieurs reprises, les officiers algériens ont reproché aux motards de ne pas avoir pu faire écarter les voitures assez rapidement dans les embouteillages...

Nous avons donc visité Ksar Kaïs (ou Bastion 23), ancienne batterie des fortifications de la ville, utilisée par la suite par les français, et depuis transformée en une sorte de "musée de la maison traditionnelle". Sous l'oeil bienveillant des journalistes (nous avons fait le soir de notre arrivée la une du journal télévisé national).

Puis le musée de l'Armée, où l'on a pu, entre autres, entendre parler de la guerre d'Algérie, et comment les méchants français ont torturé les pauvres petits algériens. A noter que notre guide était strictement surveillé par ce que l'on aurait appelé une "commissaire politique" au temps du glorieux communisme. Elle était certes discrète, mais il était clair que notre guide avait des consignes assez précises sur ce qui était politiquement correct ou pas sur le sujet de la guerre d'Algérie. Il faut dire que parler à une vingtaine de militaires français en uniforme en leur disant "là, c'est vous les ennemis", ça doit être un grand moment de solitude... A part ça, c'est un musée qui, finalement, est très bien, surtout basé sur le visuel : maquettes, images, objets, et donc très agréable à arpenter.

Nous avons enfin eu une journée à Tipaza, site romain à l'ouest d'Alger. Toujours en uniforme, toujours escortés sur la route, toujours quelques policiers et officiers de l'armée pour nous accompagner... Un site vraiment très beau, qui, dit-on, était le lieu où Albert Camus venait puiser son inspiration, et où il aurait, entre autres, écrit "Les noces de Tipaza".

Bien sûr, il y eut le soir des réceptions, à bord, à l'ambassade ou à la résidence du chef des forces navales algériennes, mais je n'ai pu y aller, à cause de dégraissements des listes des participants à la dernière minute.
Après quatre jours d'escale, nous reprenons donc la mer pour rentrer en France.
Vous voulez en savoir plus? Cette escale a été couverte par les agences de presse algérienne et par l'Ambassade de France en Algérie :
http://www.newpressphoto.com/Newpress/newpress.htm
(Algérie-international/ALG-0962)
http://www.algerie-dz.com/article1294.html
http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/france/fregate_francaise.htm
http://www.ambafrance-dz.org/article.php3?id_article=598
Ajaccio, ville napoléonnienne
Après cette escale chez nos voisins d'en face, courte halte à Ajaccio, à l'occasion du bicentenaire du sacre de Napoléon 1er. Car pour ceux qui l'ignorent encore, c'est à Ajaccio qu'est né l'empereur. Et son esprit continue de planer sur la ville... Encore une escale de représentation donc, un petit séjour en Corse "aux frais de la princesse" en basse saison (faut pas pousser non plus...) pour se montrer...
Au matin du 2 décembre, nous nous accostons donc au cœur de la ville. Le centre-ville au pied de la coupée, c'est assez rare pour le signaler. Les frégates ont plus l'habitude des ports excentrés... Au moins, on évitera les frais de taxi ou de transport en commun. Pour agrémenter le tout et occuper la journée (les occupations en soirée sont souvent toute trouvées), un festival de BD se déroule à quelques pas du bateau...

Toute la journée du 2 Décembre, les sorties en ville doivent se faire en tenue. On ne commémore pas la mémoire napoléonienne en jean et chemise... Pour ma part, étant de service à bord, je ne peux pas sortir. Ma tenue est toute autre. A se demander si on est en France ou dans un pays hostile...

Ma journée sera donc ponctuée par les visites organisées à bord au
profit des curieux de toutes sortes, anciens de la Marine, enfants qui
veulent voir des armes en vrai, familles en sortie...
C'est de là que j'entendrai le soir les fanfares de la cérémonie du bicentenaire, qui se sont déroulées juste derrière la mairie. Je n'ai donc pas vu le défilé en costumes d'époque. Un peu frustrant quand même.
Le lendemain, j'irai tout de même faire un petit tour en ville, en touriste moyen, pour flâner dans les rues, visiter la maison natale de Napoléon et acheter quelques charcuteries. M. Bidochon en Corse quoi...

La fameuse citadelle veillant sur le Golfe d'Ajaccio, en fin d'après-midi, en décembre... Trouver une mer si calme et un ciel autant dégagé en Bretagne ou sur la côte atlantique à la même période, c'est pas si facile...

L'incontournable statue de Napoléon, à la croisée des rues d'Ajaccio. C'est dans cette rue qu'a eu lieu la cérémonie de la veille, d'où la gerbe sur la droite.
C'est le soir-même que nous avons quitté Ajaccio, de nuit. A peine au large, manoeuvres d'appareillage et rangement du matériel terminé, nous avons pu assister au feu d'artifice qui clôturait les festivités du bicentenaire. Dernier petit événement avant une courte nuit et l'accostage au matin à Toulon...